mardi 31 octobre 2006
L'inégalité des chances
Par Xerbias, mardi 31 octobre 2006 à 19:37 :: General
Liberté, égalité, fraternité. Voilà la devise de la France, et voilà pourquoi le peuple a fait une révolution en 1789. A l'époque, c'était une société de classes, divisée entre la noblesse, le clergé et le tiers-état. Et en l'occurrence, l'égalité c'était surtout l'abolition de telles castes, pour que chacun ait le même statut devant la loi et qu'il n'y ait pas de différences de jugement dès le départ suivant la condition sociale. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui confondent égalité et égalitarianisme. Ce second terme fait référence au fait que tout le monde devrait être parfait égal en tout, que ce soit en droits, en chances, en richesses, voire en aptitudes. Ce n'est pas une posture défendable, et c'est justement parce que chacun est différent. Suivant les qualités et les défauts de chacun, les réussites personnelles varient naturellement. Et c'est pour ça qu'une égalité parfaite des conditions est impossible. Mais pour que ces variations soient soutenables, encore faut-il qu'elles soient le résultat des efforts accomplis, des risques courus ou de talents éclatants. Ce sont les justifications de la réussite. Néanmoins, dans un grand nombre de cas, ce n'est pas possible, les règles sont flouées, et le grand mal de nos sociétés est justement ce décalage entre réussite personnelle et inégalités des chances.En effet, toute compétition n'est juste que si au départ personne n'est handicapé. La véritable égalité républicaine, c'est l'égalité des chances comme celle des droits pour chacun des citoyens. Il est pourtant très difficile de dire que cette égalité des chances, prévue par la loi, existe dans la réalité. S'il n'existe pas à proprement parler d'obstacles juridiques qui empêche quelqu'un de suivre le parcours professionnel qu'il désire, il reste des obstacles d'autre natures, qui se traduisent dans les examens, les recrutements, sur des éléments qu'un candidat ne peut dépasser. Par exemple, la réussite scolaire d'un enfant variera selon l'attention des parents et leur propre niveau de connaissance, l'école où il fait ses études, la part de la culture extra-scolaire qu'il maîtrisera alors qu'il ne dispose pas forcément d'accès à elle. Pierre Bourdieu a bien montré dans ses différents ouvrages les mécanismes subtils qui orientaient les personnes issues de familles modestes vers des conditions similaires, et celles issues de familles aisées vers la réussite professionnelle. C'est ce qu'il appelle la reproduction sociale. Dans un système d'égalité des chances, en théorie les compétences sont distribuées de façon égale entre les enfants issues de toutes les conditions sociales, et leur réussite est indépendante de celle de leurs parents. Tout nous montre qu'aujourd'hui ce n'est pas la situation qui prévaut. Si des systèmes de bourses permettent d'atténuer les différences de revenus au sein de l'Education nationale, il reste des différences énormes en terme de capital culturel ou de capital social.
Toute une partie de la population commence dans la vie avec des chances très réduites de succès sans être responsable de cet état de fait. L'inégalité des chances, voilà le vrai scandale. Promouvoir l'égalité, c'est donc d'abord faire des efforts pour diminuer cet écart énorme entre les chances des uns et des autres dès la naissance, plutôt que de vouloir vainement une égalité parfaite des réussites, absurde et illusoire. De nombreuses choses peuvent être faites pour progresser sur ce terrain, encore ne faut-il pas se tromper de combat.
Le 14 juillet 2002, Jacques Chirac, réélu depuis peu, lançait trois chantiers importants, bien qu'ils sont plus rarement évoqués dans les médias que d'autres questions comme l'emploi ou la sécurité. Ces trois chantiers présidentiels sont le soutien aux handicapés, la lutte contre le cancer et l'amélioration de la sécurité routière. C'étaient trois domaines où des actions concrètes fortes pouvaient être faites pour améliorer la vie des Français avec de réels résultats, et avoir travaillé dans ce sens est indubitablement un point positif dans le bilan qui s'esquisse déjà de l'action de Jacques Chirac.
Cette semaine l'hebdomadaire britannique The Economist publie une étude intéressante sur l'état de la France. Parmi les sujets abordés viennent les universités françaises, qui apparaissent peu dans les classements internationaux et ont une approche parfois étrange des enseignements à donner à leurs élèves. L'article compare deux universités proches : Toulouse I et Toulouse II. La deuxième s'est spécialisée dans les sciences humaines comme la philosophie, la sociologie et la psychologie, lorsque la première se concentre davantage sur le droit ou l'économie. Les sciences humaines ont un grand tort : ceux qui en sortent diplômés n'ont d'autre débouchés que ceux de l'enseignement ou presque, lorsque Toulouse I s'est appliqué à chercher des partenariats avec le secteur privé pour professionnaliser les contenus. En fin de compte, Toulouse I apparaît moins comme une voie de garage pour ses étudiants alors que Toulouse II se complait dans une approche intellectuelle rejetant le monde de l'entreprise, d'où une mentalité comportant encore des élements issus du marxisme, rejetant une vision utilitariste des diplômes en préférant "le combat social" en matière d'avenir professionnel, comme l'a montré sa mobilisation contre le CPE. Encore une fois, le monde de l'entreprise est férocement rejeté au profit d'un secteur public qui devrait tout régler pour chacun, sans jamais recourir aux notions de profit ou de performance. Ainsi, Dominique Strauss-Kahn est accusé par Laurent Fabius de vouloir "privatiser les universités" lorsqu'il prône l'aide des entreprises comme sources de financement supplémentaires. Ce sont pourtant elles qui devront recruter en fin de compte une majorité des étudiants issus des bancs des universités. Mais ce n'est pas la vision que semblent avoir certains de ces étudiants, et même de certains de leurs professeurs.
Les mid-terms elections approchent aux Etats-Unis, et le camp républicain est loin d'être à la fête. Malgré tout ce que peut leur dire George Bush, les Américains commencent à s'apercevoir que la guerre en Irak s'apparente bien à un bourbier dans lequel ils se sont engagés pour de mauvaises raisons : il n'y avait pas d'armes de destructions massives là-bas, contrairement à ce que l'on leur a fait croire. De ce fait, la côte de popularité de George Bush est calamiteuse, surtout que s'est aussi ajouté à ça la mauvaise gestion de l'ouragan Katrina. Les parlementaires républicains n'ont donc aucune envie d'être associés à celui qu'ils ont soutenu sans l'ombre d'un doute, et leurs adversaires démocrates se contentent de mettre en avant le bilan adverse pour mettre en évidence une nécessité de changement. En outre, le scandale Mark Foley, du nom d'un congressman républicain qui correspondait de façon inappropriée avec des stagiaires lycéens sans répprobation immédiate de ses pairs, peut potentiellement repousser les évangélistes qui soutenaient jusque là sans faille les conservateurs pour des raisons morales.
A l'UMP, l'humeur semblait à l'union et au consenscus lors de la rentrée politique. Il semble que ce soit bien fini : en gros, tous ceux qui ne veulent pas de Nicolas Sarkozy comme candidat à la prochaine élection présidentielle s'agitent et l'attaquent, laissant entendre qu'une autre candidature à droite est possible en dehors de l'UMP, en plus de celle de l'UDF. Cela ferait se diviser le vote des sympathisants de la droite entre plusieurs candidats, et diminuerait d'autant les chances de l'un d'entre d'accéder au second tour, comme cela s'était passé pour la gauche à l'élection présidentielle précédente. C'est donc bien un mouvement irresponsable que ceux qui mènent l'attaque essaient d'entreprendre. Pourtant, il peut bien y avoir un autre candidat que Nicolas Sarkozy venant de la droite, mais dans ce cas ce dernier ne s'y présentera pas. Il ne peut y avoir qu'un candidat de la droite qui se présente pour qu'il soit viable. Dès lors, il faut que cela celui soutenu par l'UMP. Un vote des militants est organisé pour déterminer le candidat soutenu par l'Elysée, cela peut être Nicolas Sarkozy, Michelle Alliot-Marie ou un autre, la première des conditions étant qu'il n'y en ait qu'un. C'est un souhait soutenu par la très grande majorité des sympathisants de la droite, et ceux qui ne le respecteraient pas seraient jugés sévèrement par tous.
Alors que le débat actuel porte surtout sur le génocide arménien perpétré par la Turquie, en fond sonore la question de l'adhésion de la Turquie revient. Celle-ci voit dans ce débat non seulement une tentative de s'introduire dans son Histoire, mais aussi un nouvel obstacle tendu pour qu'elle n'intègre pas l'Union Européenne. Et si la loi en question a certainement été conçue avec les meilleures intentions, il n'en reste pas moins que la Turquie fait bien de se demander si elle arrivera en fin de compte à intégrer l'Union Européenne, car il est injurieux envers elle de la laisser s'installer dans de faux espoirs. Les seuls partisans de la construction européenne qui soutiennent cette adhésion le font avec l'argument "stratégique" : sans cette adhésion, la Turquie se transformerait selon cette théorie en un dangereux pays aux mains des islamistes, ce qui fait que l'Europe a le couteau sous la gorge et ne peut qu'accepter cette adhésion. Et cela quitte à sacrifier le projet politique européen... Plusieurs personnalités politiques l'ont bien compris, au premier rang desquels François Bayrou qui est au moins toujours juste lorsqu'il évoque la construction européenne. Sur ce point, il y a aussi Nicolas Sarkozy, qui dans un entretien accordé à la revue Le Meilleur des Mondes (numéro d'automne 2006) consacré à sa vision des questions internationales, a répondu en argumentant bien à la question de l'adhésion turque. Comme cette revue est assez peu diffusée, la citation sur le passage en question est intéressante, et ce d'autant plus qu'elle a été peu médiatisée. La voici :
Il a suffi que le député UDF Pierre-Christophe Baguet affirme son soutien pour Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle de 2007 pour qu'il lui soit aussitôt promis l'exclusion par les dirigeants de son parti. C'est assez curieux lorsque l'on sait que François Bayrou n'a pas voulu ralier l'UMP par crainte d'un parti monolithique, alors que de toute évidence, celui qu'il dirige en a toutes les caractéristiques. Gilles de Robien a déjà été mis au ban de sa famille politique pour avoir eu des idées différentes que celle de l'ambitieux Béarnais, et visiblement le sort est le même pour des personnalités plus modestes qui ne se soumettent pas entièrement à François Bayrou. Par l'oeuvre de ce dernier, l'UDF s'est transformé en un parti où le débat d'idées est absent, la pensée dominante étant d'approuver tout ce que peut dire François Bayrou. Mais comme celui-ci se contente d'attaquer la droite sans jamais proposer d'alternative, c'est bien à vide intellectuel qu'est confronté le parti centriste.