Réflexions en cours

To content | To menu | To search

Thursday, August 23 2007

Réflexions en cours...

Nous voilà arrivé à 200 billets publiés sur ce blog environ. La campagne présidentielle est passée, et le champ des thèmes de réflexions semble continuer à s'élargir, sur l'Europe, la politique intérieure française, la pensée politique ou même les bases philosophiques de l'action à mener. Je continue donc d'œuvrer pour ma part, à ma hauteur, à ces réflexions, en espérant qu'elles aboutissent un jour à quelque chose.

Après avoir commencé ce blog sur la plate-forme 20six, il a été vraiment lancé sur la plate-forme blogmilitant où il aura été hébergé l'espace d'une année. Mais ce site semble connaître des difficultés de connexion de plus en plus régulières, j'ai donc recréé ce blog en y remettant tous ses anciens billets sur un hébergement gratuit qui m'est propre (Free), que je maîtrise bien d'avantage. J'arrête désormais de mettre à jour la version blogmilitant de ce blog. L'adresse du blog Réflexions en cours est donc à partir de maintenant http://xerbias.free.fr/blog/. J'invite tous ceux qui passeront ici à suivre ce lien !

Tuesday, August 21 2007

Les municipales de 2008

Le mandat des maires actuels aura été exceptionnellement long. Evidemment, ils ne risquent pas de se plaindre que celui-ci ait été rallongé d'une année, pour atteindre les sept années, au lieu des six prévues normalement. Mais cette extension a été justifiée par le fait que l'année 2007 devait déjà voir se dérouler les élections présidentielles et législatives qu'il était impossible de décaler, et trop d'élections auraient peut-être lassé les électeurs. Les élections municipales et sénatoriales ont donc été reportées, les maires repartant à la bataille électorale en mars 2008. Et les états majors politiques s'activent d'ores et déjà pour les préparer. Ce mandat très long a fait que les maires ont vu passer deux élections présidentielles, c'était les mêmes qui donnaient les parrainages aux candidats en 2002 et en 2007. Surtout, leur élection était la conséquence d'une situation politique assez différente. Lors des municipales de 2001, la gauche était encore au pouvoir, et à l'époque, un bon nombre de mairies étaient passées à droite. Les commentateurs avaient ainsi pu parler d'une espèce de vague bleue dans les mairies, qui semblait inquiétante pour la gauche. Celle-ci pouvait tout de même se réjouir d'avoir gagner Paris et Lyon, les deux plus grandes villes de France qui étaient jusque là gérées par la droite. Pour les villes de taille plus modeste, c'était surtout la droite qui pouvait triompher. Le meilleur exemple étant celui de la mairie de Blois, où Jack Lang fut battu par un jeune candidat UDF, ce qui le poussa à changer de circonscription pour en trouver une bien plus faciles pour les législatives qui allaient suivre en 2002.

En 2008, la droite ne pourra plus compter sur une lassitude des électeurs vis-à-vis de la gauche au pouvoir, lorsqu'elle sera elle-même aux affaires depuis six ans. Même si le gouvernement connaît un état de grâce marqué actuellement, il n'est nul besoin d'être grand devin pour prévoir que celui-ci n'est que passager, et qu'un grand nombre de réformes prévues par Nicolas Sarkozy peuvent susciter une hostilité marquée de l'opinion publique. Et en mars 2008, il est bien peu probable que l'on se souvienne encore de cet état de grâce. La gauche compte dessus d'ailleurs. Ainsi, François Hollande a fait ce calcul en reportant le prochain congrès du Parti Socialiste (et donc la désignation du nouveau premier secrétaire) à l'après mars 2008 : les succès qui seront engrangés par les socialistes lors des municipales devraient faire oublier les douloureux échecs de 2007, et rendre le besoin de changement moins urgent. Après tout, c'est bien ce qu'il s'est passé en 2004, où la victoire écrasante de la gauche aux régionales lui a permis de reporter aux calendes grecques la réflexion sur la politique prônée par le Parti Socialiste, pour mieux se contenter d'une opposition ferme et stérile. Nombreux sont ceux qui, à gauche, comptent effectivement sur ce rejet prévisible de la droite pour gagner des mairies.

La gauche peut en outre compter sur une sociologie favorable dans le cœur des grandes villes, ce fut même l'une des surprises des derniers scrutins. A ce titre, malgré les efforts de François de Panafieu et de Dominique Perben, les candidats de la droite pour les mairies de Paris et de Lyon, il est très peu probable qu'ils arrivent à remplacer Bertrand Delanoë et Gérard Collomb. De même, la mairie de Toulouse, conservée de justesse par la droite en 2001 dans une région largement dominée par la gauche, devrait basculer à gauche l'année prochaine. Même dans des villes établies à droite depuis des décennies comme Bordeaux, la tâche s'annonce difficile. Ainsi, Alain Juppé apparaît sérieusement menacé après avoir été battu lors des législatives. Et bien peu de facteurs semblent aujourd'hui favorables à la droite, sa défaite risque donc d'être lourde.

Une des inconnues actuelles repose dans le comportement qu'aura le Mouvement Démocrate de François Bayrou. Jusqu'ici, l'UDF était traditionnellement alliée de la droite dans les exécutifs locaux. Cette fois-ci, François Bayrou aura probablement à cœur d'avoir ses propres listes dans de nombreuses villes, comme le projette déjà Marielle de Sarnez qui prépare sa candidature à Paris. Mais le jeu du scrutin majoritaire faisant toujours son œuvre, pour conquérir un nombre significatif de mairies, le Mouvement Démocrate devra choisir ses alliés. Ce choix aurait dès lors des répercussions sur la politique nationale en indiquant la stratégie d'alliance de François Bayrou pour les grandes élections des années suivantes. L'UMP compte également appliquer sa stratégie d'ouverture au plan local, mais devra faire face aux réticences des candidats de droite qui se trouvent dans les oppositions municipales dans cette optique, alors que ce devrait être plus facile pour les maires installés. A condition évidemment de trouver des éléments des autres partis qui acceptent d'entrer sur les listes de leurs anciens adversaires. Du reste, il n'est pas certain que ce facteur soit vraiment déterminant. Même les enjeux locaux ont plus de poids que de telles stratégies. Ils ne peuvent néanmoins suffire. La perspective des prochaines municipales n'est donc pas forcément lumineuse pour l'UMP, même si elle n'a pas à s'avouer vaincu d'avance. Après tout, les surprises électorales sont assez fréquentes, et il sera question de 36 000 élections en 2008...

Sunday, August 19 2007

Le miracle irlandais

Aujourd'hui, l'Irlande est un pays prospère, dont le taux de croissance économique en 2006 était supérieure à 5 %. Le faible taux de chômage et les finances publiques saines sont d'autres indicateurs du succès de ce petit pays. Pourtant, cela ne fut pas toujours le cas, et l'on peut même qualifier ce succès de tardif. A l'instar de la Grande Bretagne dans les années 70, l'Irlande semblait régresser économiquement parlant dans les années 80. Taux de chômage très élevés, finances publiques en déroute, croissance en berne faisaient que l'Irlande avait l'apparence d'un foyer de développement de la misère en Europe de l'ouest. Mais pendant toute la décennie des années 90, la chance a tourné, transformant en profondeur l'économie et la société, et donnant à l'Irlande une position de force dans la mondialisation. Bien plus que de la chance, ce résultat spectaculaire est la conséquence de plusieurs mesures énergiques importantes.

La solution est venue en premier lieu de politiques économiques libérales, semblables à celles qu'avait pu mettre en œuvre Margaret Thatcher en Grande Bretagne. Une partie de la faiblesse économique de l'Irlande venait du fait que l'économie était écrasée sous le poids des impôts, en changeant complètement d'optique le gouvernement irlandais a tiré les conclusions de ses échecs précédents. L'impôt sur les sociétés a donc été drastiquement diminué (en s'établissant aujourd'hui à 15 %), ainsi que les autres taxes. Des aides ont été accordées aux entreprises qui décidèrent de s'installer en Irlande, et un effort particulier sur la recherche et développement a fait de ce pays en endroit attrayant pour les firmes de haute technologie. La conséquence fut qu'un grand nombre d'entreprises étrangères, en particulier américaines, ont choisi l'Ireland pour s'établir en Europe, irriguant l'économie irlandaise d'investissements importants qui relancèrent l'activité. Mais cela était justement possible parce que l'Irlande avait rejoint l'Union Européenne, et cette adhésion est bien la cause majeure de ce développement économique. Ayant longtemps fait parti des pays les plus pauvres de l'Union Européenne, l'Irlande a été l'un des principaux receveurs d'aides régionales pour mettre en place ou moderniser les infrastructures du pays. En outre, l'accès à un marché commun important lui ont permis de moins dépendre de la Grande Bretagne, qui était auparavant le pays destinataire de 90 % de ses exportations. Et c'est bien ce vaste marché potentiel que visaient ces entreprises américaines qui s'installaient en Irlande.

L'Irlande a actuellement des problèmes de pays riches : tendances inflationnistes du fait de la surchauffe de l'économie, ou manque de personnel pour certains métiers, presque tout le monde étant déjà employé. Elle connaît aussi des difficultés similaires à la Grande Bretagne, les mêmes causes aboutissant aux mêmes conséquences, la baisse de la fiscalité devant entraîner de moindres dépenses publiques, les services publics sont souvent dans un état médiocre. Mais l'Irlande ne voudrait en aucun cas retourner aux années sombres, où le manque de dynamisme et la faiblesse économique pesaient sur chacun. Cette success story nous enseigne au moins deux choses : d'une part, aucune situation économique dégradée n'est condamnée à perdurer, la volonté politique et des réformes structurelles de l'économie permettent d'en sortir. D'autre part, les pays pauvres de taille modeste qui ont adhéré à l'Union Européenne peuvent légitimement voir en elle un espoir, et l'Union en elle-même permet bien de rendre l'Europe dans son ensemble plus riche. D'un "miracle", l'on tire ainsi un double espoir, pour son avenir, et celui des autres.

Friday, August 17 2007

Les chantiers de l'université

Valérie Pécresse est la ministre chargée de la recherche et de l'enseignement supérieur. A ce titre, elle a été mise en avant dès le début du quinquennat, devant défendre une loi de modernisation du système universitaire qui avait été établie au rang de priorité par le candidat Nicolas Sarkozy. Dans son programme, celui-ci déclarait vouloir mettre donner aux universités qui le souhaiteraient d'une autonomie réelle, de leur accorder des moyens financiers en conséquence. Il voulait également mettre en place une meilleure orientation des étudiants pour éviter les voies de garage, et favoriser la constitution de pôles universitaires d'importance mondiale. Mais à peine fut-il élu que certains syndicats ou groupuscules d'étudiants lancèrent l'activisme contre toute tentative de réforme par principe, par hostilité au nouveau Président. Valérie Pécresse a choisi la tactique de la concertation avec les syndicats, étant appuyée dans sa démarche par l'Elysée et Matignon. Il y eut des concessions : d'une part, l'autonomisation devient obligatoire pour toutes les universités, pour éviter de trop grandes disparités entre celles qui choisiraient l'autonomie et celles qui la refuseraient. D'autre part, les conseils d'administration seraient moins resserrés que prévus, pour aménager les susceptibilités de chaque groupe de participants. Enfin, la sélection à l'entrée en master n'est plus d'actualité. Elle continuera d'exister bien sûr à l'entrée en BAC + 5, ce qui ne change pas grand chose en fin de compte. Evidemment, la possibilité d'une sélection à l'entrée de l'université n'a même pas été évoquée.

A vrai dire, il n'est pas impossible qu'il y ait de nouvelles grèves étudiantes à la rentrée. Le milieu est assez coutumier du fait, et des syndicats extrémistes de certaines filières tendent à s'intéresser d'avantage à la lutte contre les gouvernements qu'à leur avenir professionnel. Pourtant, si cette réforme va dans le bon sens, elle pourrait ne pas suffire pour remettre l'université en l'Etat. Déjà, elle devra vraiment bénéficier de largesses budgétaires. Le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche est l'un des deux ministères qui a réellement besoin de voir ses moyens augmenter, avec celui de la justice. De plus, il faudra veiller à ce que l'autonomie dont vont bénéficier les universités soit bien employée : il faut en profiter pour faire naître des ensembles ambitieux, dotés d'une recherche forte et d'une efficacité dans l'enseignement. Cela peut notamment passer par des regroupements entre universités ou avec d'autres établissements d'enseignement supérieur. Les liens avec le secteur privé ne devront de toute façon pas être négligés. Les universités qui croiraient garder leur pureté en refusant de travailler avec les entreprises seraient de toute façon condamnées à rester dans une pauvreté matérielle, de faibles résultats et au bout du compte, une réputation misérable.

Enfin, s'il est honteux que la France dépense moins par étudiant d'université que par élève du secondaire, contrairement aux autres pays développés, on peut néanmoins relever le fait qu'avec moins d'étudiants en premier cycle, ce ratio serait évidemment différent. Si elle reste tabou aujourd'hui, la sélection à l'entrée de l'université pourrait avoir des effets positifs. Avec des effectifs peut-être réduits, l'université pourrait consacrer davantage de moyens par étudiant. De plus, avec des étudiants de meilleure qualité, leurs résultats seraient bien sûr meilleurs. Alors qu'on manque de personnel dans certains métiers ne nécessitant pas forcément de passer par l'enseignement supérieur, il serait préférable d'éviter d'envoyer tous les bacheliers qui n'arrivent pas entrer dans d'autres formations (notamment courtes, tels que les IUT, ou en formation pour un BTS, où il y a bien une sélection) à l'université pour y échouer après une belle perte de temps.

Mais une telle perspective ne risque pas d'être à l'ordre du jour avant bien longtemps. Valérie Pécresse a bien d'autres chantiers à mener à terme, certains étant tout de même importants. Il s'agit pour l'essentiel d'issues administratives et budgétaires. Pour améliorer les conditions de vie des étudiants et les "conditions d'exercice des missions de recherche et d'enseignement" de l'université, il faudra commencer par amener une belle enveloppe. Et vu son état actuel, il est peu probable que le monde universitaire la refuse.

Wednesday, August 15 2007

La puissance et la faiblesse selon Robert Kagan

Alors que les Etats-Unis se lançaient dans la guerre contre Saddam Hussein en 2003, le géopolitologue néo-conservateur Robert Kagan publiait un livre intitulé La puissance et la faiblesse où il exposait sa conception des différences d'approches en matière internationale de la part des Etats-Unis et de l'Europe, et les relations compliquées entre ces deux poids qui en résultaient. A l'heure où le pouvoir américain s'était converti à la doctrine néo-conservatrice, les positions plus pacifistes de pays européens importants comme la France ou l'Allemagne leur apparaissaient pour le moins naïves. Cette situation est, selon Robert Kagan, le résultat de deux visions différentes sur le monde. Les Européens, heureux du succès de la construction européenne dans le sens où elle a permis d'empêcher les guerres depuis une soixantaine d'années, souhaitent appliquer ce modèle de discussions inter-étatiques dans la diplomatie pour régler les difficultés. Il en résulte un fort attachement aux décisions de l'ONU, à la diplomatie et aux négociations en général, pour que l'issue soit trouvée par le biais de la raison et du dialogue. Les Américains par contre, se croient plus "réalistes" en ne se faisant pas d'illusion sur les résultats que la méthode purement diplomatique permet d'obtenir. Pour traiter avec les démocraties, elle peut suffire, mais elle n'est pas pertinente pour faire face à des dictatures qui ne croient qu'au rapport de force.

Cette différence de vues a plusieurs origines. La première est évidemment historique : les Etats-Unis étaient à l'origine "idéalistes" en matière de politique internationale, un idéalisme appliqué par le président Woodrow Wilson lorsqu'il souhaita la création de la Société des Nations en 1919, quand les Européens ne juraient que par le rapport de force entre eux, au cours de leurs nombreuses guerres. Mais après la deuxième guerre mondiale, les positions s'échangèrent : lassés par les guerres, les Européens décidèrent de se lancer sérieusement dans le multilatéralisme pour les empêcher. De leur côté, les Etats-Unis tiraient les conséquences de leur implication décisive dans la guerre en décidant de garder une armée forte pour pouvoir intervenir en cas de problème éventuel, alors que la guerre froide commençait.

Mais Robert Kagan propose également une autre explication, inversée par rapport à la précédente, expliquant le maintien de ces politiques internationales de part et d'autres : aujourd'hui, si les Etats-Unis gardent une optique unilatéraliste et violemment jalouse de ses intérêts vitaux, c'est parce qu'ils en ont les moyens. L'ampleur de leur force militaire était au début de la décennie une grande source de satisfaction pour eux. Cette puissance militaire était le fondement même de leur influence diplomatique, assurant à l'Amérique, respect, voire crainte. Ainsi, le renversement de Saddam Hussein devait, selon les néo-conservateurs, pousser les autres pays du Moyen Orient à se montrer plus calme dans l'anti-américanisme, et plus favorable aux intérêts américains. C'est pour cela que cet effort était censé participer à la guerre contre la terreur : l'instauration de la démocratie en Irak devait faire un effet domino sur les pays semblables, et des pays où régneraient la démocratie et les libertés seraient moins sensibles à l'islamisme. Les Européens, eux, ayant négligé leur budget militaire depuis des décennies, ne pourraient compter sur une dissuasion musclée. C'est justement ce manque qui les pousserait vers la diplomatie multilatérale, considérée par Robert Kagan comme l'arme des faibles.

Dans son livre, qui reste tout de même assez court, Robert Kagan développe donc cette différence sur la scène internationale entre une Amérique forte et une Europe faible, différence qui est à l'origine des incompréhensions. Il n'hésite pas à reprendre la métaphore psychologique de John Gray, où l'Amérique vient de Mars, lorsque l'Europe vient de Vénus, avec ce que cela implique de différence entre le dieu de la guerre et la déesse de l'amour. Mais si en 2003 l'Amérique était confiante sur sa capacité à mener deux guerres en même temps, elle ne s'attendait sûrement pas à ce qu'elles durent aussi longtemps. L'analyse de Robert Kagan reste pertinente dans les descriptions des façons de penser d'un côté et de l'autre de l'Atlantique, mais elle montre aussi tout ce qui est négligé dans l'analyse détaillée de chaque situation particulière. En l'occurrence, la solution de remplacement à Saddam Hussein n'était pas prête en 2003, et les éventuels conflits inter-ethniques étaient sous-estimés, tout comme le mauvais accueil fait à l'occupant américain en Irak d'ailleurs. Ce n'est pas faute que les géopolitologues de Washington ignoraient ces données, c'est juste qu'en privilégiant une façon de faire simpliste, ils ont décidé de les ignorer. Evidemment, aujourd'hui, les néo-conservateurs apparaissent comme disqualifiés par le cours des événements. Et c'est plutôt l'équilibre entre implication militaire et négociations diplomatiques qui est perçu comme la voie à appliquer désormais.

Monday, August 13 2007

Les radicaux et la république laïque

En 1871, alors que le Second Empire s'est écroulé, une nouvelle assemblée est élue pour donner de nouvelles institutions à la France. Celle-ci est bien peu favorable à la création d'une nouvelle république, alors que c'est justement le régime en vigueur, le temps qu'une décision soit prise. Si le statut est provisoire, il existe tout de même une partie des députés qui souhaite que la IIIème République soit amenée à durer, alors que le débat semble d'abord de choisir quelle famille royale ou impériale doit retourner sur le trône. A cette époque, il n'y a pas encore de partis politiques, seulement des courants d'idées, formés par les députés une fois élus : l'étiquette ne préexiste pas le candidat. Il se trouve donc au parlement une minorité de républicains à la gauche de l'hémicycle, eux-mêmes divisés entre les modérés et les radicaux. Ces derniers ne sont pas là pour faire des concessions pour faire perdurer la République. Echaudés par les échecs de la Ière et de la IIème République, ils veulent changer la société française de façon colossale. Le combat est en premier lieu politique, contre les royalistes d'abord, mais aussi contre les républicains modérés, qu'ils qualifient d'opportunistes. A la fin du XIXème siècle, ils poussent les gouvernements à des politiques sociales et à mettre en place l'instruction publique. A l'époque, le mouvement conservateur est encore très lié au royalisme et à un catholicisme très prononcé, voulu par l'Eglise de l'époque. Ce maillage très efficace est vu comme un obstacle au républicanisme radical. Lorsque le royalisme était historiquement légitimé par la grâce de Dieu, bon nombre de partisans de l'extrême gauche sont absolument athées, et même violemment anti-cléricaux. Pour eux, l'influence structurelle de l'Eglise dans la société est quelque chose à combattre.

Au fur et à mesure du temps, ceux que l'on appelle désormais les radicaux obtiennent de plus en plus de députés à l'Assemblée Nationale. L'affaire Dreyfus révèle la fracture profonde qu'il y a dans le pays entre la frange conservatrice, anti-dreyfusarde, et le reste du pays. Au début du XXème siècle, l'anti-cléricalisme fait rage, et en arrive parfois à des excès tout aussi condamnables que ceux des conservateurs les plus virulents. Les radicaux sont alors à la manœuvre, souvent au poste de Président du Conseil. Après l'éloignement (ou parfois l'expulsion) du clergé de l'enseignement public pour le rendre laïc, ce sont ensuite les associations qui sont visées, pour affaiblir une voie d'influence de l'Eglise, ce qui donne lieu à la célèbre loi 1901. Mais le dossier le plus épineux de l'époque est celui de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, remettant ainsi en cause le Concordat mis en place entre la France et l'Eglise catholique en 1805 par Napoléon Ier. Pour plusieurs personnalités politiques, dont le radical Emile Combes, le but ultime est de se débarrasser au maximum de l'Eglise en France. Sur certains aspects, le conflit rappelle celui qui s'était transformée en guerre civile lors de la révolution française, lorsque la République réprimait violemment les révoltes royalistes et catholiques dans l'Ouest de la France.

Fort heureusement, la tension n'ira pas jusque là. Le ministère Combes tombe à la suite d'un scandale : officiers et personnalités étaient fichées par le gouvernement en fonction de leurs croyances religieuses, montrant l'extrémisme où pouvait arriver le mouvement. Pourtant, la question de la place de la religion dans la société devait être résolue : ces tensions entre athées et croyants ne faisant que succéder qu'à d'autres conflits de religions qui ont ensanglanté la France, l'essentiel était alors de trouver un mode de vie durable pour que chacun puisse cohabiter. La loi de séparation de l'Eglise de l'Etat de 1905, défendue par Aristide Briand, allait inaugurer la laïcité à la française, la solution qui est encore d'actualité aujourd'hui. Suivant la philosophie des Lumières, la religion devenait tout à fait libre, mais dans le cadre privé. Les institutions devenaient elles laïque, ce qui ne veut pas dire athée, seulement que la religion n'avait pas de rôle à y jouer, mis à part celui d'un courant d'opinion parmi d'autres.

La sagesse de cette loi permit de calmer les extrémismes de part et d'autres. Revenus de l'anti-cléricalisme, les radicaux se transformèrent en défenseurs de la laïcité, l'un des piliers de leur doctrine, en plus de l'attachement à la République et la vision humaniste de la politique à mener. Progressivement, ils quittaient l'extrême gauche pour se positionner au centre, poussés par l'apparition de mouvements plus "radicaux" que les radicaux en titre. Le Parti Radical fut crée en 1901, et ses personnalités ont été au premier plan de la IIIème et de la IVème République. Georges Clémenceau, qui était vu comme un homme haut en couleur, voire incontrôlable, se distingua à la fin de la première guerre mondiale comme le Président du Conseil qui amena la France à la victoire. Après la deuxième guerre mondiale, le positionnement des radicaux devint de moins en moins évident, au vu de la division des partisans d'une politique de gauche, et ceux qui privilégiaient l'alliance à droite. En s'affaiblissant, ils devinrent marginalisés par la Vème République. Et lorsque Jean-Jacques Servan Schreiber, alors dirigeant du Parti, décida de s'allier avec Valéry Giscard d'Estaing dans les années 1970, une scission des éléments de gauche du Parti Radical s'ensuivit.

Aujourd'hui, les radicaux restent divisés. A la suite des dernières élections présidentielles, des spéculations ont eu lieu sur une éventuelle réunification, qui est rêvée par Jean-Louis Borloo, actuel président du Parti Radical Valoisien, la branche de droite. Avec le Mouvement des Radicaux de Gauche, ces deux partis forment les ailes de centre droit et de centre gauche dans leurs camps respectifs. Si les choix d'alliance diffèrent, il reste une pensée commune aux deux mouvements : un attachement à une République laïque et humaniste. Et c'est un objectif qu'il faut aujourd'hui encore garder à l'esprit.

Saturday, August 11 2007

La leçon autrichienne

Alors qu'elle avait adhéré à l'Union Européenne depuis cinq années, l'Autriche faisait figure de membre ordinaire, qui aurait du intégrer l'Union plus tôt si sa neutralité ne l'avait pas empêché tant que l'opposition entre les blocs capitaliste et soviétique continuait. Mais en février 2000, l'Autriche fit événement en Europe : le gouvernement se formait sur la base d'une coalition entre les chrétiens démocrates de l'ÖVP et les nationalistes du FPÖ, oubliant ainsi la pratique du cordon sanitaire qui était de règle à travers le continent. Le FPÖ, parti nationaliste formant l'extrême droite du paysage politique autrichien, obtenait l'accès au pouvoir, et de ce fait acquis une influence dans la gestion des affaires du pays. Pourtant, dans chacune des quatorze autres démocraties membres de l'Union Européenne, l'influence de l'extrême droite était amoindrie par le refus des autres partis de "collaborer" avec elle. Seulement, en Autriche, le nombre de possibilités de coalition n'était pas très élevé. Le système, là-bas, est celui d'une démocratie parlementaire, ce sont donc les élections législatives qui importent. Celles-ci se font à la proportionnelle, et comme aucun parti ne fait plus de 50 % des voix, les coalitions sont obligatoires pour diriger le pays. Historiquement, c'est donc une grande coalition entre les chrétiens démocrates et les sociaux démocrates qui a gouverné l'Autriche la plupart du temps depuis l'après guerre. Avec une telle alliance, perdurant bien plus longtemps qu'une union sacrée pour le bien du pays, s'est formée l'impression d'un parti unique au pouvoir dans l'esprit de nombreux Autrichiens. Aussi modérés soient-ils, le système politique rendait le changement de ligne directrice difficile.

L'alternative s'est présentée sous la forme de Jörg Haider, le chef du FPÖ, qui étant exclu du pouvoir, avait lui tout loisir de critiquer l'action du gouvernement. Et il ne s'en privait pas, faisant de ses diatribes sa marque de fabrique, s'en prenant de façon simpliste à tout ce qui n'allait pas en Autriche, et prenant pour première cible la classe politique en place. Ceux qui, parmi les Autrichiens, voulaient tenter quelque chose d'autre, n'avait plus beaucoup le choix, et exprimaient leur volonté de renouvellement en votant pour le FPÖ. Celui-ci se retrouvait alors avec un nombre de députés important au parlement, le rendant incontournable. Au point de pousser l'ÖVP à faire une coalition avec lui pour former le gouvernement.

La fureur des autres pays d'Europe s'est révélée contre-productive, apparaissant comme une tentative maladroite d'ingérence dans les affaires intérieures de l'Autriche par les Autrichiens. Dès lors, le retour à la normale fut rapide. Au fil du temps, le FPÖ prouva qu'il n'avait pas les solutions aux problèmes autrichiens, qu'il n'était qu'un parti d'opposition et n'avait pas vraiment vocation à gouverner le pays. Mais un parti d'extrême droite n'arrive pas au pouvoir sans qu'il y ait un risque vis-à-vis de la nature des politiques menées ou du maintien de la démocratie. L'Autriche en est arrivée là à cause de son système politique, qui en cherchant le consensus, affaiblit l'action politique. Parlementarisme et proportionnelle ne favorisent pas l'efficacité et donne une influence énorme aux extrêmes. Au moins, l'expérience autrichienne aura servi de leçon pour les autres pays européens : la recherche du consensus entre les partis est difficile à tenir sur le long terme, et fait des extrêmes la seule alternative, alors que la base d'une démocratie est de pouvoir choisir.

Photo : Reuters

Thursday, August 9 2007

Investissement et croissance

En adoptant le paquet fiscal promis par Nicolas Sarkozy, le parlement et la ministre de l'économie Christine Lagarde ont mis en œuvre l'une des mesures phares de l'ancien candidat. Par les réductions d'impôts, les ménages verraient leur revenus moins diminués par les ponctions fiscales, et donc leur pouvoir d'achat augmenter. En théorie, ce pouvoir d'achat supplémentaire serait réinjecté dans l'économie et favoriserait la demande de produits et services, ce qui augmenterait les débouchés des entreprises, et donc relancerait la croissance via le fameux mécanisme keynésien du multiplicateur. Avec la croissance viendrait l'emploi, et les rentrées fiscales supplémentaires qui essuierait l'argent perdu par l'Etat par la baisse des rentrées fiscales. Seulement, des voix s'élèvent à gauche pour affirmer que ces baisses d'impôts bénéficient aux ménages aux revenus les plus élevés, dont la propension à consommer est plus faible, et ces revenus supplémentaires seraient alors affectés à l'épargne ou à la spéculation immobilière. Cela peut être vrai pour la défiscalisation des successions, mais pour celle des heures supplémentaires, c'est surtout pour les ouvriers où le gain se fait sentir. Bien plus sérieusement, une grande partie des économistes remettent en cause le principe même de la mesure : une politique de la demande serait inutile à l'heure actuelle pour l'économie française. Alors que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal prenaient tous les deux ce type de politique mais par des moyens différents (moindres rentrées fiscales d'un côté, dépenses supplémentaires de l'autre), l'économie française aurait davantage besoin d'une politique de l'offre.

Car en observant les moteurs de croissance de la France, les économistes constatent que la consommation se porte très bien ces dernières années, ce moteur là serait déjà allumé et largement mis à contribution. En revanche, l'investissement des entreprises serait insuffisant : chaque année, les entrepreneurs prévoient d'investir davantage dans leur appareil de production, mais au fur et à mesure des mois qui s'écoulent les prévisions sont révisées à la baisse et les investissements réalisés moindres. On touche alors à la psychologie des chefs d'entreprise : qu'est-ce qui fait que leur moral est si bas, leur confiance en l'avenir si faible qu'ils ne voient guère de retour sur investissement ? Déjà, l'échec colossal de la gauche en 1981 repose en partie sur un tel malentendu : le Parti Socialiste avait appliqué une politique très keynésienne, gonflant artificiellement une demande que l'appareil productif français ne pouvait absolument pas satisfaire, les entreprises étant vues comme des institutions capitalistes privant le travailleur de salaires décents. Lorsque les Français désiraient s'équiper en biens de consommation, il fallait en importer : d'où un effondrement de la balance commercial, et une politique qui favorisait la croissance surtout dans les pays étrangers.

Aujourd'hui, la balance commerciale est à nouveau déficitaire, y compris en ne tenant pas compte de l'influence de la hausse du prix de l'énergie achetée à l'extérieur. Avec l'euro, la grande majorité du commerce extérieur français se fait avec des pays où il n'y a plus de taux de change. Le niveau élevé de la monnaie est par contre un obstacle pour exporter en dehors de la zone euro, alors que les importations provenant de Chine sont encore moins chères. Mais avec la croissance forte des autres pays de la zone euro, avec en premier lieu le retour de l'Allemagne, le premier partenaire commercial de la France, le moteur constitué par les exportations devraient s'allumer à son tour. A moins qu'une fois encore, la compétitivité des entreprises françaises ne soit pas suffisante. Et l'on en revient alors au manque d'investissement des entreprises hexagonales.

Il y a peut être une certaine inertie des entrepreneurs français dans ce manque de volonté ferme pour investir. En premier lieu, les dépenses en recherche et développement issues du secteur privé sont trop faibles. L'Etat ne peut être le seul à blâmer dans cette insuffisance, il y a déjà un problème d'audace en France, de l'audace qui manque culturellement à tous les niveaux. Il y a surtout un manque de confiance dans l'avenir, qui éloigne les velléités de prendre des risques. Les entrepreneurs voient le coût du travail toujours trop élevé, et craignent toujours les multiples blocages qui règnent dans la société. Pour favoriser ces investissements, il faut donc redonner à la France confiance en elle, lui montrer que tous ces blocages ne sont pas appelés à survivre de façon inconsidérée, et avoir justement un peu d'audace dans la conduite des affaires. C'est le rôle du nouveau Président de la République, et de son gouvernement. Le paquet fiscal peut envoyer un premier signal psychologique, pour montrer que désormais, la richesse n'est plus vue comme quelque chose à punir, et l'opération est vue comme un "pari" par le gouvernement dans la relance de la croissance. Mais c'est les réformes suivantes qui seront déterminantes, qui devront montrer que la France n'est plus honteuse de son capitalisme, de s'appuyer sur son économie.

Tuesday, August 7 2007

Plaidoyer pour l'Europe décadente

En 1977, Raymond Aron fut chargé par son éditeur d'écrire une comparaison entre les pays sous régime soviétique et ceux sous régime capitaliste. Il livre une analyse claire et pertinente dans le livre qui en résulte, Plaidoyer pour l'Europe décadente.

Dans cet ouvrage, il commence par considérer l'application de la doctrine du marxisme dans le bloc soviétique. Si l'idéologie est omniprésente dans le fonctionnement de l'URSS, elle devient surtout prétexte au maintien de l'ordre établi. Car dans les pays dits socialistes, l'évolution est lente, et ne se fait pas vraiment dans le sens de davantage de liberté pour les citoyens. En fait, les libertés publiques y sont extrêmement faibles : il est hors de question là-bas de remettre en cause le régime, et même si les excès de l'ère Staline ne sont plus tous de mise, il est attendu de chacun qu'il file droit dans la ligne du Parti Communiste. Les révélations alors récentes faites Alexandre Soljenitsyne en sont une spectaculaire démonstration. Raymond Aron explique aisément ce totalitarisme : si jamais des libertés venaient à être accordées aux citoyens des pays communistes, cela voudrait dire que le "socialisme" ne serait plus l'unique pensée possible, et cela aurait pour aboutissement un effondrement de ces régimes. En face, l'Europe de l'Ouest semble traverser une crise morale, elle doute d'elle-même alors qu'elle redécouvre la crise économique depuis 1974. Pourtant, cela n'est possible que parce que les démocraties de l'Ouest laissent une grande liberté de penser à chaque personne, y compris celle de préférer le communisme de l'Est, où tout se passe moins bien. Car si un citoyen de l'Europe de l'Ouest peut à tout moment partir s'installer à l'est, ceux de l'Europe de l'Est sont empêchés par leurs propres gouvernements de faire un mouvement réciproque. Le mur de Berlin avait surtout pour but de bloquer l'exode continu des Allemands de l'est à l'ouest.

Un tel exode est compréhensible, tant par la supériorité de l'ouest en terme de fonctionnement démocratique, que par son efficacité au niveau économique. Dans une deuxième partie, Raymond Aron dresse un bilan révélateur des développements économiques des régimes capitalistes et communistes, qui, à partir de données précises, devient à charge pour ces derniers. D'abord le plan soviétique commet une faute énorme en se concentrant de façon structurelle sur l'industrie lourde, qui a des retombées en terme de production d'équipements militaire, mais pas en terme de produits de grande consommation. Les consommateurs soviétiques sont donc privés de biens qui sont courants à l'Ouest, comme des voitures ou de l'électroménager, car ces biens sont sacrifiés au colossal effort d'armement que réalise l'URSS dans le cadre de son face à face avec les Etats-Unis. Alors que l'armée rouge est hypertrophiée, le peuple subit encore des conditions de vie difficile. D'une manière générale, il apparaît que les calculs du Plan obtiennent des résultats médiocres, se révélant ainsi inférieur à l'apport réalisé par le marché dans l'attribution des ressources dans les différents secteurs dans les économies capitalistes. Ainsi, plus les pays de l'Europe de l'Est se limitent strictement aux recommandations du Plan dans la gestion de leurs économies, et plus leurs performances sont faibles. Mais Raymond Aron voit surtout dans la faible productivité des pays communistes un handicap énorme dans leur compétition avec les régimes capitalistes. L'absence de motivation par l'intérêt particulier devient un manque aux conséquences lourdes. Raymond Aron présente ainsi des exemples où pour faire fonctionner la même machine, l'unité de production soviétique a besoin de deux à trois fois plus d'ouvriers que dans les pays de l'Ouest. Il cite également une anecdote livrée par André Fontaine, un journaliste du Monde, lors de l'une de ses visites en URSS : "La nonchalance du Soviétique moyen, dont chacun sait qu'il n'a pas précisément l'obsession de la productivité, n'en paraît pas pour autant très affectée. Mais il y a matière à réflexion dans la réponse faite par une hôtesse de l'Intourist [agence de tourisme officielle de l'URSS] à un industriel français qui remarquait que décidément on ne se fatiguait pas beaucoup dans les usines soviétiques. Et si c'était ça, dit-elle, la supériorité du socialisme."

Avec une telle philosophie du travail et de tels échecs dans l'attribution des ressources, le système communiste ne peut prétendre pouvoir véritablement concurrencer le système capitaliste. Et alors que les libertés politiques sont quotidiennement bafouées à l'est du rideau de fer, l'Europe occidentale apparaît comme bien plus forte. Pourtant, Raymond Aron la voit entre deux menaces : d'une part l'armée rouge, dans la mesure où elle est toujours tributaire des Etats-Unis pour sa défense, et qu'à l'époque, il était impossible d'exclure un conflit à terme entre les deux blocs. D'autre part, cette Europe semble décadente aux yeux de certains, dans la mesure où l'ampleur des libertés qu'elle accorde à ses citoyens peut la rendre plus fragile face aux chocs extérieurs. La France par exemple, est sous le coup du vent libertaire que mai 68 a fait souffler. Raymond Aron évoque pour illustrer cela le fait que les institutions traditionnelles (comme l'armée ou l'université) ne s'imposent plus d'elle-même comme auparavant. Ainsi, pour l'université, le prestige donné par le titre même de professeur ne suffit plus pour que celui-ci domine ses élèves, ils lui demandent des qualités charismatiques, faisant entrer l'irrationnel dans un domaine où seul la raison devrait prévaloir. C'est en fait une crise de l'autorité qui voit le jour, et les conséquences négatives de celle-ci ne sont pas à sous-estimer.

Trente années après la publication de cet essai, il apparaît que chacune des analyses réalisées par Raymond Aron s'est vérifiée. Et si le bloc soviétique n'est plus et que le communisme est largement discrédité par les faits, il reste des gens pour préférer ce système au capitalisme qui a fait ses preuves en matière de performances économiques. La crise de l'autorité évoquée, elle, reste d'actualité. C'est un mal qui n'a d'ailleurs pas fini de ronger les sociétés occidentales.

Sunday, August 5 2007

Le bonapartisme

Lorsque le général de Gaulle débarque sur la scène politique en 1940, c'est avant tout pour ses compétences militaires. Le président du conseil, Paul Reynaud, le connaissait bien pour avoir défendu les vues stratégiques de celui qui n'était alors que colonel vis-à-vis de l'utilisation des chars d'assaut dans les années 30. C'est donc à ce titre que Charles de Gaulle est nommé sous-secrétaire d'Etat à la défense dans le gouvernement de Paul Reynaud, ce dernier prenant en charge également le ministère de la défense. Pourtant, plus qu'un stratège militaire, le désormais général est aussi homme d'Etat, et en se déclarant "chef de la France libre" à Londres, il souhaite défendre une "certaine idée de la France", qui s'accompagne d'une véritable vision politique. Et cette vision est constituée d'une réapparition de la méthode bonapartiste. Ainsi, le gaullisme constituera le retour du bonapartisme, un bonapartisme totalement démocratique grâce à la Vème République, alors que Napoléon Bonaparte et Louis-Napoléon Bonaparte s'étaient fait proclamer empereurs pour appliquer leur politique.

Qu'est-ce alors que le bonapartisme ? Il s'agit avant tout d'une priorité accordée à l'exécutif : l'action politique doit surtout être efficace, plutôt que de faire l'objet d'interminables discussions et compromissions qui en annihilent la portée. Dès lors, le but est que le gouvernement et le chef de l'Etat disposent des moyens d'accomplir leur action, et de grands pouvoirs leur sont en conséquence accordés. Il leur faut pour cela une légitimité forte, que le peuple doit accorder directement au chef de l'Etat. Le peuple peut également être amené à trancher une question, et lorsqu'il le fait, sa légitimité est toujours supérieure à celle des parlementaires élus qui n'en sont que des représentants. Le bonapartisme relève donc d'une logique référendaire, ou plutôt plébiscitaire : les pouvoirs accordés sont grands, mais ils sont accordés directement par le peuple. Napoléon Ier était d'abord Premier consul, Napoléon III Président de la République, mais tous deux n'ont pas résisté aux pouvoirs qui leur étaient offerts, et en devenant empereurs ont renoncé à faire renouveler régulièrement et explicitement leur maintien aux responsabilités. Le Général de Gaulle, en instaurant l'élection du Président de la République au suffrage universel pour un mandat limité, a lui réussi à trouver la formule pour qu'une telle philosophie de l'action soit applicable de façon durable, et par son exemple, il a réussi à fonder une nouvelle République où l'alternance est compatible avec un exécutif fort.

En voulant fonder la légitimité de l'action politique par l'expression politique directe du peuple, le bonapartisme et le gaullisme privilégient le rassemblement des Français autour de son chef, au-delà des partis politiques. Pour cela, les questions de positionnement à droite ou à gauche seront souvent floues pour ceux qui se réclament de ces mouvements. René Rémond affilie le bonapartisme à la droite, parce que comme d'autres mouvements, il a été débordé par sa gauche par de nouveaux partis. Pourtant, ces traditions valorisent une forte politique sociale, et surtout une grande implication de l'Etat dans tous les domaines, contrairement aux principes relevant du libéralisme économique. Enfin, il ne faut pas oublier que le bonapartisme encourage une France forte en Europe et dans le monde en gardant un souci constant de son influence. Sans nécessairement aller jusqu'aux conquêtes de Napoléon Ier, il s'agit au moins pour la France de garder un poids important dans les affaires étrangères, et de rester indépendante. C'est ce principe qui justifie que certaines personnalités politiques se déclarent gaullistes soient tellement sur une ligne souverainiste par rapport à l'Union Européenne. Elles oublient toutefois que de Gaulle, sur bon nombre de sujets, agissait souvent avec pragmatisme, et qu'être gaulliste sans de Gaulle est un peu vain. A contrario, le bonapartisme n'est plus lié à la famille impériale et ne vise pas son retour au pouvoir. C'est bel et bien une pratique du pouvoir, qui a trouvé son application dans la Vème République.

Comme le plus grand héritage de Napoléon Ier aura été le Code civil, celui du général de Gaulle aura été notre Constitution qui fonde la Vème République. Alors que les IIIème et IVème Républiques s'enlisaient dans les jeux politiciens des partis quitte à sombrer dans l'immobilisme, nos institutions actuelles nous ont permis de surmonter toutes les crises jusqu'à présent. Si pouvoir et responsabilités sont corrélées, il ne faut pas oublier que ces notions sont dans les systèmes politiques liées à celle de légitimité. La force des pouvoirs donnés directement par le peuple permet une action politique ambitieuse, et c'est bien là que la philosophie bonapartiste révèle son intérêt.

Friday, August 3 2007

Le Portugal prend le chemin des réformes

Depuis le 1er juillet dernier, c'est au tour du Portugal de prendre la présidence de l'Union Européenne. Sa principale tâche fera de faire aboutir la conférence inter-gouvernementale sur le nouveau traité institutionnel de l'Union Européenne, dont les contours ont été fixés lors du sommet de Bruxelles en juin dernier. Alors que la situation politique intérieure de la Pologne est très agitée, arriver à un accord ne sera sans doute pas évident, vu que ce fût le pays qui avait posé le plus de problèmes au sommet de Bruxelles. Confronté à une surenchère nationaliste lors d'élections anticipées par une crise gouvernementale, les frères Kaczynski ne risquent pas de faciliter les choses, s'ils sont encore au pouvoir au moment où cette conférence se déroulera. Ce sera au Premier ministre portugais, José Socrates, d'avoir les talents de négociateur nécessaires pour que le traité soit correctement achevé. Ce socialiste est arrivé au pouvoir il y a deux ans de cela, dans un pays qui ne va pas bien économiquement. Alors que le reste de l'Europe dispose d'une économie robuste (la France mise à part évidemment, ainsi que l'Italie), le Portugal connaît des taux de croissance faible, inférieurs à 2 %. De plus, l'état de ses finances publiques le met en difficulté vis-à-vis du Traité de Maastricht, qu'il doit respecter en tant que pays utilisant l'euro comme monnaie nationale.

Face à l'obésité de l'administration publique, José Socrates a eu le courage de prendre les problèmes à bras le corps. Par d'importantes réformes administratives, il diminue le poids de la bureaucratie dans le Portugal, favorise une nouvelle stratégie économique basée sur l'innovation, lutte contre la fraude fiscale et combat le surnombre d'employés du public. Pour améliorer la gestion des administrations publiques, le gouvernement portugais vient ainsi de décider la contractualisation de 80 % des employés des services publics. Seuls les corps régaliens de l'Etat (police, armée, justice, diplomatie) auront désormais vocation à employer des fonctionnaires, le reste pouvant très bien travailler avec du personnel dont les contrats de travail seraient similaires aux employés du privé, alors que les administrations resteront publiques. Ce changement promet une meilleure efficacité de la gestion des ressources humaines dans les services publics portugais, et probablement une meilleure équité entre travailleurs du privé et du public. Cette meilleure efficacité sera bien sûr amenée à se traduire dans une amélioration des comptes de la nation, dont tous profiteront, par exemple par de moindres ponctions fiscales, ou une meilleure qualité de services publics.

Cette réforme, pourtant ambitieuse, ne semble pas mettre le Portugal à feu et à sang. Et c'est bien un gouvernement socialiste qui la met en oeuvre. En France, une telle contractualisation massive de fonctionnaires est un tabou absolu. La peur des syndicats du secteur public, attachés au maintien de leurs privilèges, reste d'autant plus présente qu'ils gardent une capacité de nuisance impressionnante sur le reste de la population. Il n'y a pourtant pas vraiment d'argument qui s'oppose à la contractualisation, si tout du moins l'on s'attache principalement à la défense de l'intérêt général. Alors que le Portugale connaît des difficultés économiques, il a le courage de faire des réformes importantes du secteur public pour améliorer la situation. La France connaît une faiblesse économique semblable. Aux mêmes causes, mêmes conséquences. Mais elle aurait bien besoin de courage elle aussi.

Wednesday, August 1 2007

Vaines querelles centristes

Le soir du premier tour de l'élection présidentielle, François Bayrou est vaincu. Contrairement à ce qu'il croyait fermement, il ne sera pas Président de la République pour les cinq prochaines années. Il entame dès ce moment là sa campagne pour les élections présidentielles de 2012. Son but : montrer qu'il est l'alternative au pouvoir qui se mettra en place, très certainement celui de l'UMP. Pour que son parti, l'UDF, puisse être considéré comme un parti d'opposition, il doit apparaître clairement qu'il n'est plus de centre droit. Pour cela, François Bayrou accepte de mener la ronde médiatique en faisant un débat amical avec Ségolène Royal à la télévision, et lors de la deuxième semaine entre les deux tours, il annonce qu'il ne votera pas pour Nicolas Sarkozy. Il se met alors à l'œuvre pour fonder un nouveau parti qui lui sera entièrement dévoué, le Mouvement Démocrate, et s'apprête à une traversée du désert dont il espère toucher les dividendes à la prochaine présidentielle. Seulement, en refusant l'alliance entre l'UDF et l'UMP, François Bayrou force ce qui le suivent à n'avoir aucun poids sur les orientations politiques à venir. Il y avait déjà plusieurs membres de l'UDF qui avaient soutenu la candidature de Nicolas Sarkozy avant le premier tour, tel Gilles de Robien ou André Santini. Mais le lendemain du premier tour, les autres élus de l'UDF doutent : la stratégie de François Bayrou pour la présidentielle de 2007 est un échec, et il faudrait poursuivre sur la même voie pour la suite. L'alternative, pour eux, est entre l'absence d'influence, voire la défaite aux législatives, et la participation à la politique de la nation.

Comment s'étonner, alors, qu'une très grande majorité des députés du groupe UDF refusent de suivre leur chef dans sa déroute ? Ceux-ci ne veulent pas de ce Mouvement Démocrate, à la gloire d'un seul homme, mais ne veulent pas pour autant rejoindre l'UMP où ils craignent de perdre leur spécificité. Ils répondent alors à l'appel de Nicolas Sarkozy entre les deux tours, et se désolidarisent de leur chef en annonçant leur vote au second tour pour le candidat de l'UMP. Cette sécession donne alors naissance au Nouveau Centre, parti créé pour investir les candidats issus de l'UDF qui souhaitent se situer dans la majorité présidentielle. Hervé Morin, ancien président du groupe UDF à l'Assemblée Nationale, prend la tête de cette révolte, et rejoint André Santini et Gilles de Robien. Ce faisant, ils sauvent leurs sièges de députés, et reprennent une influence dans les affaires qu'ils avaient perdue lorsque François Bayrou avait décidé de passer à une stratégie d'opposition. Ce dernier se retranche dans l'isolement "glorieux" voulu par Marielle de Sarnez, seule personne qu'il écoute. Il pourra ainsi profiter des bons et des mauvais moments du gouvernement, espère-t-il. Au sein même du Mouvement Démocrate, tout le monde n'est pas complètement convaincu par cette méthode : ainsi, le député Thierry Benoit, l'un des quatre à avoir été élu sous l'étiquette de ce parti, s'interroge sur le résultat actuel de l'opération et préconise de mettre fin à cette division actuelle.

Avec tout cela, l'ambiance est évidemment horrible au sein de la famille socio-démocrate, divisée entre l'UMP, le Nouveau Centre et le Mouvement Démocrate. Par rapport à l'UDF, François Bayrou peut se targuer d'avoir récupéré les militants, dont de nouveaux, venus par le biais de la campagne présidentielle. Mais il n'a plus une véritable base d'élus, alors que celle-ci avait déjà été considérablement amoindrie par la scission de 2002. En fait, il s'agit ici du résultat d'un malentendu : le centrisme est une notion qui peut être pertinente pour qualifier le positionnement politique d'un individu, s'il essaie de prendre le meilleur de la gauche et de la droite en même temps. Mais le centrisme pur n'est pas possible dans la conduite du gouvernement, tout simplement par ce que les centristes ne sont structurellement pas assez nombreux pour disposer d'une majorité sans alliance. Il leur faut donc faire un choix, et en fonction de l'alliance choisie, le centrisme se sépare alors entre le centre gauche et le centre droit. François Bayrou refuse de faire alliance de nouveau avec la droite. S'il veut le pouvoir, il devra donc faire alliance avec la gauche. Il bascule sur l'échiquier politique, mais il devra pousser la gauche à se débarrasser de son extrême gauche qui garde une certaine influence même au sein du Parti Socialiste. De l'autre côté, le Nouveau Centre reste fidèle à ses choix antérieurs, en prenant le parti de l'alliance avec la droite. Il apparaît surtout que toutes ces vaines querelles n'ont qu'une seule origine : le destin que se voit de façon prophétique celui qui était le président de l'UDF.

Tuesday, July 17 2007

La division de l'île de Chypre

La question chypriotte reste au coeur des relations diplomatiques entre l'Union Européenne et la Turquie. Ou plutôt, elle reste une pierre d'achoppement qui les trouble. L'île est historiquement peuplée par des Grecs et des Turcs, deux peuples qui se sont longtemps combattus par le passé, et la situation demeure une question assez classique de domination territoriale. En l'occurrence, au vingtième siècle, la population chypriotte était en grande majorité d'origine grecque. Alors que le territoire fut pendant quelques décennies sous administration britannique, son rattachement à la Grèce ou à la Turquie était encore hors de question. Mais lorsque l'île prit son indépendance, il y eut très vite une volonté forte de réaliser l'enosis, l'union avec la Grèce dont elle était si proche culturellement. La présence d'une minorité turque était un obstacle évident à l'opération, et en éloignait la perspective. Ainsi, quand en 1974 un coup d'Etat fut organisé pour forcer le rattachement de Chypre à la Grèce, la Turquie répliqua en envahissant la partie nord de l'île pour empêcher l'enosis. Si la République de Chypre demeura indépendante, l'armée turque n'en a pas moins continué d'occupper le nord de l'île, créant de fait une partition de l'île. Cette partition a perduré au cours des décennies suivantes, transformant la division géographique en une division ethnique, avec une République de Chypre composée de citoyens d'origines grecques, reconnue par la plupart des pays à travers le monde, et une administration turque qui s'occuppe des chypriotes turques, dont une bonne part de Turques venus en colons pendant cette période, passant ainsi outre la Convention de Genêve sur la non-colonisation des territoires occuppés. Cette administration turque n'est de ce fait reconnue que par le gouvernement turque.

Or depuis le 1er mai 2004, Chypre en tant qu'Etat est devenue l'un des membres de l'Union Européenne. Si la petite île n'est pas géographiquement en Europe, cette adhésion fut surtout l'occasion de faire un ersatz d'enosis pour la Grèce, en faisant incorporer Chypre au même ensemble qu'elle. Paradoxalement, des négociations d'adhésion ont été ouvertes entre la Turquie et l'Union Européenne. Cela peut sembler d'autant plus surprenant que la Turquie ne reconnaît pas l'un des membres de cette Union, en refusant d'admettre la souveraineté de la République de Chypre. Ainsi, l'Union Européenne est en train de discuter adhésion avec un pays qui nie l'existence d'un de ses membres. Evidemment, le poids d'une armée très nationaliste pèse en Turquie dans le débat sur la concession que serait une reconnaissance de la Chypre grècque. Tout cela forme une situation inextricable. Certes, ce n'est pas la seule avec la Turquie. Mais cela représente tout de même une gêne indéniable, et à vrai dire invraisemblable.

Dès lors, le véto de Chypre à l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne serait tout à fait naturel. Il serait même juste que ce véto provienne de l'ensemble des pays qui constituent cette Union, tant le mépris de la Turquie envers Chypre est incroyable. Encore aujourd'hui, la Turquie refuse l'accès des bateaux chypriottes à ses ports. Du reste, il y a bien d'autres points qui ne rendent pas souhaitable l'adhésion de la Turquie. Mais celui-ci n'est pas le moindre.

Sunday, July 15 2007

L'UMP décapitée

En devenant Président de la République, Nicolas Sarkozy a du quiter une autre présidence, celle de l'UMP. Avoir eu le contrôle de cette formation politique fut déterminant dans sa conquète de l'Elysée, réussissant pour cela à en augmenter considérablement le nombre d'adhérents et à déjouer les oppostions internes en s'appuyant sur la légitimité que lui conférait son élection à la tête de l'UMP par l'ensemble des militants en 2004. Logiquement, Nicolas Sarkozy ayant démissionné de cette présidence lors de son entrée à l'Elysée, l'UMP aurait du être dirigée en intérim par le vice-président devenu président délégué, Jean-Claude Gaudin, le temps d'arriver au prochain congrès. Or le mandat d'un bureau dirigeant de ce parti a une durée de trois ans, donc il faudrait qu'un nouveau bureau soit élu dans les mêmes conditions à l'automne prochain. Mais tout d'un coup se développe une théorie inédite sur la direction de l'UMP : maintenant que le Président de la République est issu de l'UMP, le mouvement ne pourrait plus être dirigé par quelqu'un qui soit élu au suffrage universel des militants. Cela créerait un "conflit de légitmité" entre le Président de la République et le président de l'UMP, et l'on ne saurait plus clairement qui dirige la majorité. Voilà qui est surprenant.

Surprenant, et absurde de surcroit. En effet, Nicolas Sarkozy, en remportant l'élection présidentielle, est devenu le Président de tous les Français, et pas le simple chef d'un parti politique. Il n'a certainement pas à se placer sur ce terrain là, surtout qu'il peut toujours s'adresser s'il le souhaite à ses anciens amis politiques. De plus, rien n'empêche les militants de désigner un bureau qui soit totalement loyal et fidèle au Président de la République. Après tout, cette majorité est une majorité présidentielle, et les élections législatives ont largement joué sur ce thème. Mais la légitimité même que confère l'élection au suffrage universel des adhérents semble être perçu comme une menace par l'Elysée, et Patrick Devedjian et Jean-Pierre Raffarin, deux personnes qui souhaiteraient être de la futur équipe dirigeante, sont chargés de trouver un moyen de supprimer ce suffrage universel lorsque le Président de la République est un ancien adhérent de l'UMP. A la place il y aurait une direction collégiale étendue, désignée par le bureau national des cadres de l'UMP, éventuellement confirmée par les adhérents par un vote de confiance. Cela veut tout simplement dire qu'il devient hors de question qu'il y ait plusieurs candidats à la tête de l'UMP, annihilant la possibilité de choix parmi les militants. En terme de démocratie interne, le recul est total. Cette orientation, si elle confirmée, reviendrait à officialiser le mépris des dirigeants de ce parti politique pour ceux qui y ont adhéré.

Déjà, on peut remarquer l'ironie de la situation : Nicolas Sarkozy, qui a répété pendant toute la campagne présidentielle que rien ne lui avait jamais été donné et qu'il avait du conquérir par lui-même chacune de ses responsabilités, n'aurait pas pu prendre la tête de l'UMP en 2004 si de telles règles avaient été à l'oeuvre. En effet, Jacques Chirac étant le fondateur de fait de l'UMP, il aurait fallu une direction collégiale. Celle-ci émanant de cadres établis plutôt que de nouveaux militants, elle aurait consacré les plus fidèles des chiraquiens dont Nicolas Sarkozy ne faisait certainement pas parti. Celui-ci souhaite certainement qu'un autre fasse ce que lui même a fait : il refuserait qu'un opposant potentiel puisse lui faire de l'ombre et représenter un successeur potentiel, ce qu'il était pour Jacques Chirac. Mais le point le plus gênant, et qui semble sous-estimé par ceux qui sont aujourd'hui à la manoeuvre, est le signal envoyé : en ne consultant plus la base, ce parti se met de lui-même en sommeil jusqu'aux prochaines élections présidentielles. Il aurait pourtant fallu, au contraire, que l'expansion continue, quitte à se transformer en phénomène de société, que le courant d'opinion soit toujours plus fort, pour aider le gouvernement dans ses réformes et enclencher le changement dans la société. Il y a beaucoup à faire sur ce champ-là, mais ces responsables politique s'orientent aveuglement dans le sens inverse, pour de pures questions politiciennes. Ils ratent là une fantastique occasion.

Photo : Reuters

Friday, July 13 2007

Désillusion européenne

Lors du sommet européen des 21 et 22 juin dernier, la Présidence allemande de l'Union Européenne s'est évertuée à trouver une porte de sortie à la crise engendrée par les "non" français et néerlandais dans leurs référendums respectifs quant à l'adoption du Traité Constitutionnel Européen. Si le "traité simplifié" proposé par Nicolas Sarkozy fut une base de travail qui finit par être approuvée par tous, les négociations ont tout de même été très compliquées. Car là où ce traité simplifié visait essentiellement à reprendre les avancées institutionnelles du TCE, et à laisser la définition des politiques menées aux autres traités en vigueur, certains pays, avec en premier lieu la Pologne, ont essayé d'en profiter pour revenir sur ces avancées institutionnelles, en particulier sur le point délicat du système des droits de vote. Les frères Kaczynski ont utilisé des arguments stupéfiants pour défendre leur souhait d'avoir des droits de vote plus que proportionnels au poids de leur pays, en montrant ainsi une germanophobie qui ne devrait plus être d'actualité maintenant que Pologne et Allemagne font tous deux partie de l'Union Européenne. Il a fallu que des pays considérés comme moins hostiles par la Pologne aillent en première ligne convaincre ses dirigeants, quitte à ce que Nicolas Sarkozy appelle Jaroslaw Kaczynski, le Premier ministre polonais resté à Varsovie, et lui proposer de faire lui-même un discours devant le parlement. Angela Merkel, elle, a su user de suffisament de diplomatie pour que ces attaques irrespectueuses n'empêchent pas la conclusion d'un accord. La Présidence portugaise qui débute actuellement, est chargée de formaliser ce nouveau cadre qui vient d'être décidé.

Si l'aboutissement des discussions à un accord fait que le sommet a été de fait un succès vu ses enjeux, nombreux sont ceux qui en sont repartis avec une forte amertume. En effet, la Pologne avait obtenu de retarder l'application de ce nouveau système de vote et la Grande-Bretagne n'est pas obligée de voir s'appliquer sur son territoire la charte des droits fondamentaux. En fait ce sommet a été le théatre d'une pièce où chaque pays venait défendre son intérêt national, devant rendre compte ensuite devant son opinion publique sur ce qui a pu être obtenu à la bataille, sans jamais se soucier de l'intérêt général européen. C'est ainsi l'idée européenne en elle même qui a été mise à mal. Dès lors, comment vouloir la mise en place d'une véritable politique européenne ? Si l'Europe manque cruellement de démocratie dans son fonctionnement, le chemin est encore très long avant qu'une structure fédérale, rendant compte directement au peuple, puisse être mise en place. Il apparaît alors que l'idée d'une "constitution européenne" est venue bien trop tôt, et quelle que ce soit la façon dont on l'observe aujourd'hui, il semble clair a posteriori que les chances de succès de cette entreprise à l'échelle européenne étaient minimes. L'expérience nous a au moins permis de le comprendre.

Le coup est dur, et c'est une véritable désillusion qui accable les partisans de la construction européenne. Plusieurs pays ont adhéré à l'Union Européenne simplement pour entrer dans une zone de libre échange, sans se préoccupper de l'efficacité supplémentaire que pouvait procurer des politiques concertées dans de nombreux domaines. Le refus de reconnaître les symboles de l'Union Européenne est en cela emblématique de la méfiance envers le fonctionnement européen. Pourtant, rien n'indique que les pays qui frennent aujourd'hui des quatres fers soient à jamais perdus pour la cause de la construction européenne. En fin de compte, ils ne font que refléter l'état de leurs opinions publiques respectives qui peuvent évoluer. L'Histoire nous a appris que s'il y a certaines constantes dans les volontés de chaque peuple, celles-ci ne permettent pas de faire un trait définitif sur une véritable ambition européenne. Seulement voilà : il est encore bien trop tôt.

L'illusion, c'était de croîre que l'on pouvait arriver à une structure fédérale dès maintenant. L'illusion tenait en fait surtout dans les symboles, l'utilisation des mots "convention" et "constitution", alors que le TCE n'avait pas grand chose à voir avec une véritable constitution. Seulement rien n'est perdu, si l'on s'en donne le temps. Il ne faut pas se voiler la face, cela prendra certainement plusieurs décennies pour que le projet européen arrive à terme. La construction européenne fête actuellement son cinquantenaire, il lui en faudra probablement un deuxième pour aboutir véritablement. Et pendant tout ce temps, le travail devra rester constant. Il apparaît alors que les partisans de la construction européenne traversent davantage un découragement temporaire, plutôt qu'une désillusion fondamentale. Ils peuvent en profiter pour s'interroger sur les meilleures voies pour continuer ce travail, et sur la manière dont leur vision doit prendre forme. Mais en tout cas, il est hors de question pour eux d'abandonner la partie.

Wednesday, July 11 2007

Le libéralisme politique en France

Lorsque René Rémond énumère les différentes droites, il découvre une certaine continuité entre les anciens monarchistes orléanistes et les libéraux actuels. Par la présentation qu'il fait de ce courant politique, celui-ci donne l'impression d'être le représentant de la bourgeoisie. Après tout, selon l'analyse marxiste, la Révolution Française de 1789 s'explique par la volonté de la bourgeoisie de prendre le pouvoir vis-à-vis d'une aristocratie toute puissante, mais bien peu productive. Cette époque connaissait en effet les débuts de l'industrialisation à travers les premières manufactures. Le XVIIIème siècle fût ainsi marqué par les débuts de la Révolution Industrielle en Europe occidentale. Cela ouvrait évidemment de nouvelles perspectives : alors qu'Adam Smith découvrait les mérites de la division du travail dans une manufacture d'épingles et théorisait les vertus de la main invisible, c'est une toute nouvelle économie qui voyait le jour en faisant définitivement sortir les sociétés du mercantilisme des monarchies absolues. Pour profiter des gains conférées par les économies d'échelles, il fallait pouvoir monter des structures de production d'une certaine taille. C'est ainsi que la richesse accumulée par certains artisans ou commerçants pu se transformer en capitaux pouvant être investits, en l'espoir de nouveaux gains futurs. C'était la création de l'entreprise privée, l'intensification du commerce avant de profiter du boom technologique qui suivra la mise au point de la machine à vapeur. Ainsi l'on pouvait devenir riche par le travail et l'investissement, et cette nouvelle élite venue du peuple sera aux premières loges lors de la Révolution. Il n'est alors pas étonnant de constater que c'est l'Assemblée constituante qui adopte les décrets d'Allarde et la loi Le Chapelier (instaurant la liberté d'entreprendre et interdisant les corporations). De la même façon, on retrouve ce courant politique quelques dizaines d'années plus tard pour soutenir l'accession au trône de Louis-Philippe Ier d'Orleans, celui-ci promettant justement un régime plus libéral que celui des ultras de Charles X.

La transition vers la République ne posa pas un problème insurmontable pour les libéraux, qui formaient une droite modérée, souvent issue des notables de provinces. Paul Reynaud et l'Alliance Démocratique en sont en quelque sorte des exemples dans la IIIème République, même si les libéraux préfèrent souvent garder une certaine indépendance : la liberté de vote dans l'hémicycle était alors bien plus courante, et la nécessité d'adhérer à un parti moins présente lorsque le député avait de fortes attaches territoriales. On les retrouve ainsi dans le Centre National des Indépendants après-guerre, avec comme porte étendard Antoine Pinay (qui se fit remarquer par sa politique monétaire et financière lorsqu'il était aux affaires), avant qu'ils ne fassent sécession avec Valéry Giscard d'Estaing en 1962, sous le nom des Républicains Indépendants, lorsqu'ils décidèrent de continuer de soutenir la politique du Général de Gaulle. Valéry Giscard d'Estaing, devenu Président de la République, apporte son Parti Républicain à la création de l'UDF qu'il décide en 1978. Le parti restera dans ce cadre jusqu'en 1997, avant de prendre son indépendance en se transformant en Démocratie Libérale sous l'égide d'Alain Madelin, assumant alors un tournant plus prononcé vers l'idéologie libérale. Ce parti est ensuite intégré à l'UMP lors de sa création en 2002, où les libéraux gardent une certaine influence.

Alors que dans les années 80, le libéralisme triomphait dans le monde (surtout au travers des politiques de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan), les libéraux français se trouvaient alors à contre-temps, n'arrivant pas à vraiment conquérir le pouvoir. L'extrème gauche s'est alors reconvertie en une gauche "anti-libérale", en remettant au goût du jour la lutte des classes à travers la haine du capitalisme assumé. C'est ainsi qu'en France ceux qui haïssent la richesse continuent s'en prendre à "l'ultra-libéralisme", source d'une mondialisation vue comme profondément destructrice et source de misère. Ces dernières années encore, les tracts socialistes se limitaient à attaquer une droite considérée comme esclave du patronnat, et encore aujourd'hui, toutes les théories du complot libéral continuent de recontrer un grand succès. Pour ceux qui considèrent que la gauche c'est le bien et la droite le mal, Lionel Jospin aurait perdu en 2002 car il n'aurait pas été assez à gauche, et Ségolène Royal aurait la victime d'une conspiration des médias. Et malgré tout cela, Nicolas Sarkozy a réussi à se faire élire en se présentant comme n'étant pas hostile par principe au libéralisme, même s'il en rejette l'aspect dogmatique.

Il est vrai qu'il existe un certain aspect doctrinaire dans le libéralisme, surtout vu de la pensée économique, imposante en la matière. Milton Friedman et l'Ecole de Chicago l'ont considérablement renouvelée dans les années 70, et il existe aujourd'hui des personnes qui ne jurent que par le marché et la non intervention de l'Etat. Et lorsque la doctrine économique se prolonge dans les domaines sociétaux, cela donne une pensée libertaire assez troublante. En matière d'économie, le but est surtout de trouver la bonne réponse à chaque question, et pour cela il faut accepter de considérer que chaque question est différente. La crise des années 30 et la stagflation des années 70 étaient de natures très éloignées, il a donc fallu changer les politiques publiques pour y remédier. Dès lors, le libéralisme ne saurait être une fin en soi. Il reste qu'au regard de la situation de la France, l'économie est visiblement moins performante que celle de ses voisins. Dans ce cas précis, c'est plutôt l'importance de l'Etat providence français qui est en cause : cela se voit notamment dans les difficultés que connaissent les universités, ou bien dans les difficultés administratives que connaissent les entreprises. Le libéralisme s'oppose en effet à une politique socialiste qui présente elle aussi souvent des caractéristiques doctrinaires, mais sans ayant fait preuve d"efficacité économique en revanche. Et c'est bien ce seul soucis qui doit l'emporter.

Monday, July 9 2007

La flat tax slovaque

Après s'être sorti de l'emprise d'un communisme qui leur avait été imposé, les pays de l'Europe de l'est ont pour la plupart adopté des politiques économiques totalement à l'opposés de ce qu'ils avaient connu auparavant. Depuis une quinzaine d'années, il n'est plus question que de libéralisation là-bas, et lorsque cela a commencé par la privatisation d'un secteur public omniprésent, cela ne devait pas forcément se finir par une législation du travail très flexible, et une politique économique basée sur le laissez-faire. C'est pourtant le mouvement que ces pays ont accompli, pour arriver jusqu'à adopter le système de la flat taxe, c'est-à-dire le taux d'impôt unique sur tous les revenus, le même pour tous. La Slovaquie a été particulièrement remarquée en la mettant à 19 %, ce qui en fait un taux très bas. Mais elle connaît une très forte croissance, l'une des plus fortes de l'Union Européenne. De plus, conformément à la courbe de Laffer, les rentrées fiscales augmentent. Cela revient à dire que les rentrées fiscales sont plus fortes avec des taux d'imposition très faibles, puisqu'ils encouragent l'activité, que lorsque les taux d'imposition sont très forts. Ceux qui font la promotion de la flat taxe mettent aussi en avant la simplicité du mécanisme, qui permettrait d'économiser des sommes colossalles de calculs d'impôts chez les entreprises (et peut-être aussi chez les particuliers) et de recouvrements chez les gouvernements. Enfin, d'un point de vue éthique, il est possible d'argumenter que chaque effort doit être taxé de la même façon : après tout, si un gain supplémentaire est la conséquence d'un mérite supplémentaire, il ne doit pas être davantage découragé.

Mais d'un autre côté, ceux qui parlent de justice sociale restent attachés à la progressivité de l'impôt sur le revenu, et n'entendent pas revenir dessus. Le but n'est pas de taxer les plus modestes s'ils n'ont déjà pas suffisamment pour vivre de leurs propres revenus. Après tout, même les pays qui ont adopté la flat tax ont quand même un revenu plancher au dessous duquel le foyer n'est pas imposable. Mais la progressivité de l'impôt permet de taxer bien plus les foyers aux revenus les plus élevés. Le raisonnement est qu'à partir d'un certain niveau, on a assez pour vivre et même bien vivre. S'il faut donc prendre de l'argent à quelqu'un, autant le prendre là où il est, chez les riches qui n'ont pas besoin d'autant d'argent. La progressivité est compréhensible, même s'il est contre productif de taxer trop fortement les hauts revenus.

Le véritable problème de ces mises en place de flat tax dans ces pays qui restent tout de même plus pauvres que ceux d'Europe de l'ouest est que les taux adoptés sont vraiment faibles, alors que les Etats restent abreuvés d'aides communautaires. En faisant reposer la charge de l'impôt en partie sur les pays riches de l'Europe, les pays de l'est peuvent avoir une politique économique agressive en matière de compétitivité. Ils sont alors la cibles d'accusation de dumping, en ayant des coûts du travail inférieurs et en évitant de répercuter sur l'économie les besoins financiers des gouvernements, grâce aux subventions européennes. Et il est manifeste que l'entrée dans l'Union Européenne a été un succès économique pour les pays comme la Slovaquie. Evidemment, lorsque la Slovaquie se sera rapproché du niveau de pays comme l'Allemagne ou l'Italie, de telles politiques agressives seront moins nécessaires. Elles auraient de toutes façons du mal à perdurer, tant cette impression de dumping peut énerver les pays qui sont contributeurs nets au budget européen, et qui font face à des délocalisations parce que leur coût du travail ou leur taux d'imposition sont trop élevés. Il n'est pas dit qu'une généralisation de telles politiques soit possible.

Saturday, July 7 2007

Service minimum : l'obligation de résultat

Cela avait été l'une des promesses de la campagne électorale de Jacques Chirac pour la présidentielle de 2002 : la perspective d'un service minimum en cas de grève dans les services d'intérêt général avait même beaucoup pesé dans la balance pour ceux qui avaient voté pour le candidat sortant dès le premier tour. Pourtant, celui-ci, marqué par une incroyable volonté de ne pas faire de vagues auprès des syndicats, avait décidé de prendre du recul par rapport à cette promesse. Elle a été alors ramené à un simple service garanti, c'est-à-dire une meilleure information des voyageurs dans les transports en commun, le domaine où la question est la plus sensible. Les exigences en matière de trafic à assurer ne relevaient plus que de la négociation entre les entreprises et les salariés, un jeu qui ne tient pas compte des intérêts des voyageurs. Alors que les anciens électeurs de Jacques Chirac étaient déçus, voir amers de voir les espoirs douchés, surtout lorsqu'ils souffraient autant qu'avant dans les transports en commun dans les nombreuses grèves qui ont eu lieu lors du dernier quinquennat, notamment avec la réforme des retraites en 2003. Constatant cela, Nicolas Sarkozy a décidé de remettre la mesure sur son propre programme en 2007, annonçant une approche plus volontariste de la question.

Une fois celui-ci au pouvoir, il charge le ministre du travail Xavier Bertrand de mettre en place la mesure dès le début du mandat. Evidemment, les syndicats s'opposent totalement à une telle éventualité. Le droit de grève est inscrit dans la constitution, et ils en usent à satieté, très souvent jusqu'à l'abus, pour obtenir ce qu'ils revendiquent. Les services publics sont des services d'intérêt général si importants qu'il a été décidé que leur exécution ne pouvait relever des aléas du privé. Si l'on est cohérent avec cette idée, alors il faut tout faire pour qu'ils fonctionnent en permanence. Et en particulier dans les transports en commun, qui permettent aux gens de se déplacer, qui leur donne une liberté fondamentale, celle de se mouvoir. Ils sont déjà suffisamment mis en difficulté par les contraintes techniques ou météorologiques, pour qu'ils soient en plus régulièrement mis à terre par d'incessants conflits sociaux. Et dans des entreprises comme la SNCF, c'est peu de dire que la "lutte sociale" est devenue depuis longtemps une culture d'entreprise. Alors que le gouvernement se penchera en 2008 sur les régimes spéciaux de retraites très avantageux de certaines catégories de fonctionnaires et d'employés du secteur public, il est nécessaire que les négociations se fassent de façon apaisée, et non pas dans le cadre de grèves préventives qui ont d'ailleurs déjà commencé. Car si le droit de grève est un droit, le droit de se déplacer et de travailler l'est aussi. Les grèves ne doivent pas gêner les usagers des transports en commun jusqu'à régulièrement faire de leur vie un enfer.

Plus que jamais le service minimum est donc nécessaire. Alors que les syndicats se montrent menaçants, Xavier Bertrand ne doit pas faire du service minimum un texte vague qui ne change rien, mais aboutir à un vrai résultat : que les conséquences des grèves aient le moins de répercussions possible pour les usagers. A l'heure actuelle, la loi prévue n'est déjà que modérément ambitieuse : les grévistes doivent se déclarer individuellement 48 heures à l'avance, et au bout de huit jours de grève, la grève doit être reconduite au scrutin à bulletin secret. Ce n'est vraiment pas ce que l'on peut appeler une atteinte au droit de grève, mais cela suffit pour rendre furieux les syndicats, qui s'émeuvent que l'on veuille "diviser" les travailleurs, et empêcher que leurs absences aient le maximum de conséquences négatives possibles. Ils reconnaissent par là même qu'une partie des grévistes ne fait grève que poussés, voire forcés par leurs collègues, et que le scrutin à bulletin secret donnerait des adhésions différentes à la grève. En plus de vouloir perpétuer cette sorte de tyrannie opérée envers les leurs, les syndicats refusent qu'ils soient indiqués que les jours de grève ne soient pas payés. Ils préfèrent évidemment que leurs actions n'aient de conséquences négatives que pour leurs employeurs, mais surtout pour ceux qui n'ont rien à voir dans leur conflit : leurs clients, leur raison d'être. On ne peut donc se permettre de reculer davantage sur le sujet, et en la matière, ce n'est pas une obligation de moyen que le gouvernement doit respecter, mais bel et bien une obligation de résultat.

Thursday, July 5 2007

Le devoir d'ingérence

La nomination de Bernard Kouchner a gouvernement a pu étonner, au vu du clivage partisan qui empêchait normalement une personnalité politique de gauche d'entrer dans un gouvernement de droite. Mais au vu de la proximité qu'il y a entre le nouveau ministre des Affaires étrangères et le nouveau Président de la République en matière de politique internationale, la surprise est déjà moins grande. Pendant toute la campagne électorale, Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir ne plus s'appuyer sur la "realpolitik", où l'on cache les dossiers qui fachent pour "vendre des avions". Il préfère ainsi aborder de front les autres chefs d'Etat, y compris sur leurs affaires internes qui posent problème notamment en matière de droits de l'homme. Dès lors, il n'est plus question de feindre une amitié avec la Russie comme l'a fait Jacques Chirac, l'heure est plutôt à discuter avec Vladimir Poutine de la condition des Tchétchènes. Nicolas Sarkozy promet ainsi de ne pas enterrer les dossiers délicats, en ouvrant l'information sur l'assassinat du juge Borrell quitte à fâcher la , ou bien en prenant en main la question du Darfour, où la France n'a rien à gagner. De son côté Bernard Kouchner a longtemps été un partisan de l'ingérence humanitaire, déclarant qu'il était souhaitable que l'on intervienne lors des drames qui se passent chez les autres, sous peine de faire de faire tout simplement de la non assistance à personnes en danger. Dans le domaine des affaires étrangères, les deux hommes sont donc sensiblement sur la même ligne, et jusqu'ici leur collaboration a bien fonctionné, alors que de nombreuses initiatives ont été lancées.

En rejetant la bassesse de la realpolitik, Nicolas Sarkozy pose la France dans ce qu'elle considère être sa spécificité, celle d'être à part dans le concert mondial, puisqu'elle est la patrie des droits de l'homme. L'idée est donc d'assumer cela dans les actes dans la politique internationale. Si le degré d'ingérence augmente, il reste tout de même limité : après tout, il est très peu probable que le gouvernement français reconnaisse le Dalaï Lama comme dirigeant du Tibet. Mais la question de la moralité en matière de relations internationales est quand même posée. Le concept de droit d'ingérence donne à un pays qui n'est pas concerné par une affaire extérieure la possibilité de s'y imiscer pour y faire cesser des souffrances. S'il reste à la discretion de chaque Etat, cela devient une porte ouverte à chacun pour élargir sa propre influence et mépriser la légitimité des autres Etats. C'est même un prétexte courant pour envahir un pays voisin : une minorité y serait opprimée, il faudrait alors faire cesser cela. Pour pallier à cette faille, il faudrait avoir un mandat international pour pouvoir interférer dans des affaires intérieures. C'est alors la cmmunauté internationale, voire l'humanité dans son ensemble qui estime qu'elle est agressée en un point précis par un gouvernement particulier et qui appelle à l'aide. Pour ne pas avoir eu cet appui international, les Etats Unis voient niée toute légitimité à leur présence en Irak. Car, si une fois l'absence d'armes de destruction massive dans ce pays établie, les responsables américains ont essayé de faire valoir qu'ils avaient débarassé l'Irak d'un dictateur sanguinaire, le reste du monde goûte peu un système où chaque puissance pourrait intervenir à sa guise pour se défaire d'un régime qui n'est pas à son goût. C'est précisemment de là que vient l'accusation d'impérialisme envers les Etats-Unis.

Si la question relève vraiment du domaine de la moralité, alors il faut parler de devoir d'ingérence. En passant d'un droit à un devoir, l'idée de libre arbitre, d'incertitude est effacée, il y a alors une véritable obligation d'agir qui s'impose à chacun. Néanmoins, sur ces questions graves aux conséquences tragiques, une intervention nécessitée par une obligation morale ne peut pas toujours être une solution. Elle est déjà difficilement compréhensible par tous, dans la mesure où la notion même de droits de l'homme n'est pas unanimement partagée à travers le monde. De plus, une intervention n'équivaut pas forcément à une solution, avec ou sans l'usage de la force. Quand bien même l'Irak a été débarassée de Saddam Hussein, cette élimination n'a fait que mettre à jour d'autres problèmes dont les conséquences deviennent dramatiques : la guerre civile ravage désormais le pays. Elle était auparavant contenue par la terreur du dictateur, en changeant de régime l'Irak est ainsi allée de Charybde en Scylla. Les situations peuvent avoir des aspects très variables, mais il faut garder à l'esprit que l'impératif moral peut parfois faire du mal là où il voudriat faire du bien. C'est une vision évidemment cynique des choses, mais il faut la garder à l'esprit, pour pouvoir garder en réserve l'option d'actions faites en délicatesse, une délicatesse certes peu flatteuse, mais parfois efficace.

Tuesday, July 3 2007

La démocratie chrétienne

Pendant toute la campagné présidentielle, François Bayrou aura fait l'éloge des vertus du centrisme. L'idée était de dépasser les clivages qui scindent la vie politique française pour faire une union nationale pouvant venir à bout des problèmes les plus difficiles. Ce faisant, il n'a fait que mener une campagne dans la droite lignée des partisans de la démocratie chrétienne, qui constitue un mouvement politique vieux de près d'un siècle. Il s'agit de la concrétisation sous forme politique du catholicisme social, qui est une vision humaniste de la religion et de la société. Dans les idées, cela se traduit par une préoccupation envers les conditions de vie des classes populaires, par une exigence de démocratie, une vision de l'Etat girondine et le dialogue entre les nations. Si le libéralisme n'est pas considéré comme une fin en soi, la doctrine économique s'en rapproche davantage que du socialisme, de par une volonté d'efficacité économique. Ces caractéristiques donnent aux chrétiens démocrates une hostilité aux conflits et aux extrémisme, les mettant ainsi naturellement sur la voie du centrisme. Ils souhaitent agir avec mesure, rationnellement et avec modération. Voyant les avantages et les inconvénients de chaque camp, ils aspirent au juste milieu, au compromis où la situation est optimale.

A travers la IIIème République, ils ont pesé dans la vie publique à travers des partis comme le Parti démocrate populaire de Georges Bidaults pendant l'entre deux guerres. Celui-ci, par son positionnement centriste, oscillait dans ses choix d'alliances de gouvernement, et participait ainsi à l'instabilité du régime. Mais le mouvement eut davantage son heure de gloire après la deuxième guerre mondiale. En étant à la manoeuvre dans la rédaction de la constitution de la IVème République et auréolée d'une image de résistants, les chrétiens démocrates ont eu des résultats électoraux déterminants à la fin des années 40. Ils s'organisèrent au sein du Mouvement Républicain Populaire, et si le parti se voulait du centre, voir du centre gauche, ils bénéficièrent de l'apport de voix venues largement de la droite, alors que la droite traditionnelle était largement déconsidérée de par son rôle pendant la guerre. Ce fût avant que le Général de Gaulle propose une alternative à droite à travers son propre mouvement politique, le RPF. Celui-ci parvint finalement à faire valoir ses vues en matière d'institutions, et dans la Vème République conçue pour faciliter l'efficacité de l'action politique, les alliances de circonstance et le morcellement du paysage politique n'était plus de cironstance. C'est ainsi que le MRP fût poussé à une alliance durable avec les autres forces de droite, et au premier lieu le Général de Gaulle, malgré de nombreuses réticences. Si en 1965, le chrétien démocrate Jean Lecanuet arrive troisième à l'élection présidentielle, Alain Poher parvient lui à arriver au deuxième tour face à Georges Pompidou.

Alors que les chrétiens démocrates sont alors les plus grands partisans de l'Union Européenne, les gaullistes goutent guère ce qu'ils perçoivent comme la volonté de créer un Etat supranational, ce qui explique une bonne partie des tensions entre les deux mouvements. L'extrémisme supposé du Général de Gaulle lorsqu'il était dans l'opposition se révèle être une absurdité à l'heure de l'action, le volontarisme n'excluant pas le pragmatisme. Le régime force tout de même un regroupement des forces politiques françaises, et les chrétiens démocrates s'allient en 1974 avec les libéraux et les radicaux pour soutenir la candidature de Valéry Giscard d'Estaing, un libéral tout aussi féru de construction européenne qu'eux. Cela se traduit par la création de l'Union pour la Démocratie Française, l'une des deux forces de la droite avec le RPR. Le travail entre les deux formations reste difficile pendant le septennat de Valéry Giscard d'Estaing, mais le passage à l'opposition et la conversation de Jacques Chirac à l'idéal européen facilite ensuite l'alliance lors des deux décennies suivantes. Et lorsque la droite veut sortir de ses divisions pour privilégier la force de l'action politique, la fusion entre chacun de ses courants devient possible.

Si François Bayrou a refusé d'entrer dans l'UMP en 2002, ce n'était pas tant pour des divergences de point de vue que par ambition personnelle. Ne pouvant espérer l'investiture au sein de l'UMP pour la campagne de 2007, il préférat garder en vie une structure composée de fidèles pour se lancer dans la course à la magistrature suprème. Néanmoins, de nombreux chrétiens démocrates voient que l'engagement politique est plus utile lorsqu'il se traduit en actions, et souhaitent travailler de concert avec ceux qui ont les idées les plus proches des leurs. C'est ainsi qu'ils furent nombreux à rejoindre l'UMP il y a cinq ans, et qu'encore dernièrement la création du Nouveau Centre permet à d'autres de faire peser les idées issues de la démocratie chrétienne dans la politique du gouvernement.

En décidant de faire face aux événements plutôt que de rester en retrait, ils ont l'occasion de montrer le pragmatisme, et de l'appliquer dans les décisions gouvernementales. Composante à part entière du centre droit, la démocratie chrétienne a surtout une force idéologique : sa foi en la construction européenne, dont elle a été le principal artisan en France. Parmi les choses qu'elle apporte à son camp, celle-ci est sans conteste la plus estimable, et celle qui doit être la plus valorisée.

- page 1 of 10